La dette publique rapportée au nombre d’habitants fait apparaître des écarts considérables entre les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon une estimation publiée le 28 septembre 2026 par Banque Finance Magazine, à partir de données de dette de 2024, le Niger affiche le niveau le plus faible, avec environ 193 000 FCFA de dette publique par habitant. Il est suivi du Burkina Faso, avec 299 000 FCFA, puis du Mali, avec 325 000 FCFA.
À l’autre extrémité, le Sénégal atteint environ 1,347 million de FCFA par habitant, devant la Côte d’Ivoire, à 947 000 FCFA. Le Togo se situe à environ 426 000 FCFA, tandis que le Bénin et la Guinée-Bissau affichent respectivement 518 000 et 524 000 FCFA. Entre le Niger et le Sénégal, l’écart dépasse ainsi 1,15 million de FCFA par habitant.
Trois pays de l’AES parmi les plus faibles niveaux
Le classement fait ressortir un élément particulier : le Niger, le Burkina Faso et le Mali occupent les trois premières places lorsqu’on classe les pays selon le montant de dette publique rapporté à leur population, du plus faible au plus élevé.
Cette donnée intervient alors que les trois pays de l’Alliance des États du Sahel ont engagé des politiques visant à renforcer la mobilisation de leurs ressources intérieures et à accroître leur capacité à financer eux-mêmes une partie de leur développement.
Mais cette comparaison doit être maniée avec prudence. La « dette par habitant » est un indicateur statistique : elle correspond simplement à l’encours de dette publique divisé par le nombre d’habitants. Elle ne signifie pas que chaque citoyen doit personnellement cette somme. Surtout, cet indicateur ne permet pas, à lui seul, de déterminer la situation financière réelle d’un État. La taille de l’économie, les recettes publiques, la croissance, le coût du service de la dette et la capacité de l’État à mobiliser de nouvelles ressources sont autant d’éléments à prendre en compte.
Dette par habitant et dette/PIB : deux lectures différentesLe ratio dette publique/PIB permet d’apporter une autre lecture. Dans ses données consacrées à l’UEMOA, le FMI estimait pour 2024 la dette publique à 47,2 % du PIB au Niger, 52,7 % au Burkina Faso et 51,8 % au Mali. Elle atteignait 59,3 % en Côte d’Ivoire et 113,7 % au Sénégal. Ces chiffres montrent pourquoi il serait hasardeux de conclure à partir du seul classement par habitant. Le Niger, par exemple, présente la dette par habitant la plus faible du groupe, mais son ratio dette/PIB reste un indicateur différent. De même, le montant élevé observé au Sénégal par habitant ne suffit pas, à lui seul, à résumer la situation de ses finances publiques.
Il faut également regarder combien l’État rembourse chaque année, à quel coût, auprès de quels créanciers et pour financer quels investissements. Autrement dit, une dette n’a pas le même impact selon qu’elle finance une infrastructure productive, une dépense courante ou un investissement susceptible de générer ultérieurement des recettes et de l’activité économique.
Pour le Burkina Faso, ce classement intervient dans un contexte où le gouvernement cherche précisément à renforcer sa capacité de financement intérieur.
Le Plan RELANCE 2026-2030, évalué à plus de 36 000 milliards FCFA, constitue désormais le principal cadre de transformation économique et sociale du pays. Le document officiel estime le besoin de financement additionnel à 10 955,3 milliards FCFA, soit 30,3 % du coût total du Plan. Pour couvrir ce besoin, la stratégie prévoit notamment un recours aux financements intérieurs et extérieurs, avec une répartition moyenne de 65 % de financements intérieurs et 35 % de financements extérieurs. Cette nuance est importante : les 65 % et 35 % ne signifient donc pas que 65 % des 36 000 milliards seraient directement financés par des ressources intérieures. Ils correspondent à la stratégie envisagée pour couvrir le besoin de financement additionnel identifié dans le Plan.
Le choix traduit néanmoins une orientation claire : accroître la capacité du Burkina Faso à mobiliser ses propres ressources et son marché financier pour financer son développement.
L’épargne nationale devient un levier stratégique
Cette orientation est également visible dans les discussions engagées avec le secteur bancaire et financier.
Le 22 septembre 2026, le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a rencontré les responsables des banques, établissements financiers et institutions de microfinance autour du financement du Plan RELANCE. Le gouvernement y a insisté sur la nécessité de mobiliser davantage l’épargne nationale au profit de l’investissement productif.Selon le ministère, les souscriptions du secteur bancaire aux titres publics ont augmenté de plus de 290 milliards FCFA entre 2023 et 2025.
Le Plan RELANCE vise par ailleurs à faire passer le crédit à l’économie de 30 % à 38 % à l’horizon 2030, tandis que le taux de bancarisation devrait progresser de 37 % à 47 %. L’objectif est donc de ne pas limiter la mobilisation financière au financement du budget de l’État, mais de faire davantage circuler les ressources vers l’agriculture, l’industrie, la transformation agroalimentaire, les infrastructures, le numérique et les entreprises.
Des recettes publiques qui ouvrent aussi de nouvelles marges
La dynamique ne concerne pas uniquement l’endettement ou les marchés financiers.
La loi de finances rectificative pour 2026 a été adoptée dans un contexte d’amélioration du recouvrement des recettes publiques. Le ministère de l’Économie et des Finances a indiqué que cette progression permettait d’envisager la prise en charge de nouvelles dépenses, notamment d’investissement, et de soutenir la mise en œuvre du Plan RELANCE.
À cela s’ajoute la mobilisation de ressources à travers différents mécanismes nationaux. Le Fonds de Soutien Patriotique, par exemple, a atteint 250,16 milliards FCFA au 29 septembre 2026, pour une prévision annuelle initiale de 200 milliards FCFA. Cette performance illustre, sur un autre registre, l’importance prise par la mobilisation des ressources intérieures.
Le sujet de la dette s’inscrit donc dans une problématique large : comment un État peut-il augmenter ses capacités financières sans créer une pression excessive sur ses finances publiques ? Une dette faible peut offrir une marge, mais elle ne constitue pas une richesseLe niveau relativement faible de dette publique par habitant observé au Burkina Faso peut être lu comme un élément de contexte intéressant. Mais il ne constitue ni une réserve d’argent disponible, ni à lui seul une preuve de bonne santé financière.
Une éventuelle capacité supplémentaire d’endettement n’a de sens que si elle permet de financer des investissements capables de renforcer durablement la production et les revenus. C’est précisément là que se situe l’enjeu du Plan RELANCE : transformer les ressources mobilisées en capacités productives. Énergie, agriculture, industrie, infrastructures, transport, transformation locale, financement des entreprises : ces secteurs doivent permettre de produire davantage, de créer des emplois et d’élargir progressivement l’assiette économique et fiscale du pays.
Le gouvernement cherche d’ailleurs à faire du secteur privé un acteur central de cette transformation, en améliorant l’accès au financement et en orientant les investissements vers des activités créatrices de richesse. Au fond, la vraie question n’est pas seulement « combien doit le Burkina ? »
Le classement de la dette par habitant permet de constater une différence importante entre les États de l’UEMOA. Niger, Burkina Faso et Mali affichent les niveaux les plus faibles selon cet indicateur, tandis que le Sénégal et la Côte d’Ivoire se situent nettement plus haut. Mais derrière ce classement se trouve une question économique plus importante : que font les États des ressources qu’ils mobilisent ?
Pour le Burkina Faso, la trajectoire actuelle combine plusieurs leviers : amélioration des recettes publiques, mobilisation de l’épargne nationale, recours au marché financier, financement du secteur privé et recherche de financements extérieurs ciblés.
Le défi sera désormais de faire en sorte que ces ressources financent suffisamment d’activités productives pour générer plus de production, plus d’emplois et davantage de revenus. C’est à ce niveau que la question de la dette rejoint celle de la souveraineté économique : il ne suffit pas de moins s’endetter ; il faut surtout être capable de mobiliser des ressources et de les transformer en richesse durable.
Source : données FMI et ministère de l’Économie et des Finances.
Burkina Média
