Cybercriminalité au Burkina Faso : « Les auteurs de contenus malveillants seront identifiés et traduits devant la justice », prévient la BCLCC.

Le temps de l’impunité numérique semble progressivement toucher à sa fin au Burkina Faso. Le Commandant de la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité (BCLCC) l’a affirmé sur les antennes de la RTB : les auteurs, diffuseurs, partageurs, commentateurs et toute personne contribuant à la propagation de contenus malveillants sur les réseaux sociaux s’exposent désormais à des poursuites judiciaires conformément aux textes en vigueur.

Ces mises en garde de l’Autorité expliquent sa volonté de durcir son discours face à la multiplication des contenus jugés dangereux sur internet, notamment les discours haineux, les appels à la violence, les fausses informations et les publications portant atteinte à la cohésion sociale et à la stabilité du pays.

La sortie médiatique du Commandant de la BCLCC fait suite à une conférence de presse animée le 22 mai 2026 à Ouagadougou par le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance Ouaga I, Bakouli Blaise Bazié, accompagné des responsables de la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité.

Au cours de cette rencontre avec la presse, les autorités judiciaires et sécuritaires ont dénoncé la recrudescence des contenus diffusés sur Facebook, TikTok, WhatsApp, X et d’autres plateformes numériques à travers des publications écrites, vidéos, audios, directs ou lives.

Selon le Procureur du Faso, ces agissements ne constituent pas de simples dérapages verbaux mais relèvent d’infractions prévues et réprimées par le Code pénal burkinabè.

« Les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit », ont rappelé les autorités judiciaires.

Le parquet cite notamment plusieurs dispositions du Code pénal, parmi lesquelles les articles 131-8, 512-11, 512-16, 524-4, 524-6 et 322-4 relatifs aux discours haineux, à l’incitation à la violence, aux atteintes à l’ordre public et à certaines infractions commises par voie numérique.

En vertu de l’article 322-4 du Code pénal, tout discours public faisant l’apologie de la haine ou de la violence est passible d’une peine de six mois à trois ans d’emprisonnement ainsi que d’une amende allant de 300 000 à 3 millions de francs CFA.

L’anonymat numérique ne protège pas

Les responsables de la BCLCC ont également insisté sur un point : l’anonymat derrière un écran ne constitue plus une garantie contre les poursuites judiciaires.

Selon eux, les outils d’investigation numérique permettent aujourd’hui d’identifier les auteurs de contenus illicites, même lorsqu’ils utilisent des pseudonymes ou de faux profils.

« Les personnes impliquées pourront être identifiées, interpellées et appelées à répondre publiquement de leurs actes devant les juridictions compétentes », a averti le Commandant de la BCLCC sur la RTB.

Les autorités préviennent également que la responsabilité pénale peut concerner non seulement les auteurs des contenus, mais aussi les personnes qui les partagent, les diffusent ou contribuent à leur amplification.

Plusieurs interpellations déjà enregistrées

Ces avertissements ne sont pas uniquement théoriques. Depuis plusieurs mois, la BCLCC multiplie les opérations contre les infractions commises dans le cyberespace.

En août 2025, la brigade avait déjà interpellé une internaute poursuivie pour injures publiques sur les réseaux sociaux avant son déferrement devant le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance Ouaga I.

La BCLCC avait alors rappelé que :

« Toute infraction commise dans l’espace numérique est passible de poursuites judiciaires. »

Plus récemment, en février 2026, deux cyber-escrocs déférés par la brigade ont été condamnés à de lourdes peines. L’un a écopé de 7 ans de prison ferme et de 5 millions de FCFA d’amende, tandis que le second a été condamné à 6 ans d’emprisonnement ferme assortis d’une amende de 3,5 millions de FCFA.

Lors de la conférence du 22 mai 2026, le Procureur du Faso a également révélé que 14 personnes avaient déjà été interpellées au premier trimestre 2026 pour des faits liés aux discours haineux et à l’utilisation abusive des réseaux sociaux.

Lire cet article 👉 Burkina Faso : 14 personnes arrêtées pour des publications jugées dangereuses sur les réseaux sociaux.

Les autorités ont également indiqué qu’une cinquantaine de personnes faisaient actuellement l’objet de recherches à la suite d’investigations menées durant les mois d’avril et de mai 2026.

Créée par décret le 14 février 2020, la BCLCC travaille en collaboration avec Interpol dans la lutte contre la cybercriminalité.

Selon les données communiquées par les autorités sécuritaires, les infractions liées au cyberespace auraient causé entre 2020 et 2024 un préjudice financier estimé à plus de 6,7 milliards de francs CFA au Burkina Faso.

Pour renforcer la participation citoyenne, le ministère de la Sécurité a lancé en février 2025 une plateforme numérique baptisée : Alerte-BCLCC

Cette plateforme permet aux citoyens de signaler en ligne des cas de cybercriminalité, de désinformation ou des contenus faisant l’apologie du terrorisme sans se déplacer physiquement dans les locaux de la brigade.

En octobre 2025, la première édition de la Semaine Nationale de Lutte contre la Cybercriminalité avait également permis le lancement de l’opération « Cyber-Balayage 2025 », ayant abouti à 22 interpellations pour un préjudice financier estimé à plus de 18 millions de francs CFA.

Face à l’ampleur des dérives numériques, le discours des autorités burkinabè se veut désormais plus ferme.

Pour la Justice et les services spécialisés, publier, commenter, partager ou relayer des contenus malveillants en ligne peut désormais conduire à des poursuites pénales.

Les autorités invitent ainsi les internautes à davantage de responsabilité dans l’utilisation des réseaux sociaux afin de préserver la cohésion sociale, la stabilité nationale et la paix publique au Burkina Faso.

Burkina Média

A/S

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