Burkina Faso : l’Assemblée législative du peuple adopte la loi qui encadre désormais l’exercice du culte sur tout le territoire.

Le Burkina Faso franchit une étape majeure dans l’encadrement du fait religieux. Réunis en séance plénière, les députés de l’Assemblée législative du Peuple (ALP) ont adopté à l’unanimité, ce samedi 20 juin 2026, le projet de loi portant libertés religieuses. Composé de 112 articles répartis en six titres, ce texte vise à garantir la liberté de religion tout en renforçant l’ordre public, la cohésion sociale et la lutte contre les dérives extrémistes.

Une réforme attendue depuis plusieurs années

Le projet de loi avait été adopté en Conseil des ministres le 19 mars 2026, sous la présidence du Capitaine Ibrahim Traoré. Présenté par le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, il a pour objectif de combler le vide juridique qui existait jusque-là dans l’encadrement des activités religieuses.

Avant son adoption, le texte a fait l’objet de plusieurs consultations.

Début juin 2026, la Commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains (CAGIDH) a entendu le Conseil supérieur de la chefferie coutumière, la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) et la Fédération des Églises et Missions évangéliques (FEME), qui ont proposé plusieurs amendements. Le gouvernement a également répondu à 55 questions des députés avant le vote final.

Ce que prévoit désormais la nouvelle loiLa loi garantit la liberté de conscience et la liberté religieuse à toute personne. Chaque citoyen peut choisir, changer ou ne pas avoir de religion. Le port de signes religieux est autorisé, y compris sur les documents administratifs, sauf lorsqu’il empêche l’identification de la personne.

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Le texte interdit expressément :

  • l’extrémisme religieux et la radicalisation ;
  • les discours de haine, l’incitation à la violence et à la discrimination fondés sur la religion ;
  • les propos visant à dénigrer ou discréditer une religion ou ses fidèles ;
  • la profanation ou la destruction des lieux de culte ;
  • l’exploitation des mineurs et des personnes vulnérables à des fins religieuses.

Des prédications désormais mieux encadrées

La réforme impose de nouvelles règles aux responsables religieux. Les prédicateurs résidant à l’étranger devront obtenir une autorisation préalable avant d’exercer au Burkina Faso. Les ministres du culte devront également justifier de compétences reconnues et certifiées. Les grandes prédications publiques ne pourront être dirigées que par des personnes officiellement habilitées.

Pour renforcer ce dispositif, la loi crée un organe national chargé du contrôle des prédications, de la formation des apprenants religieux et de l’homologation des compétences religieuses.

De nouvelles obligations pour les organisations religieuses

Toute association ou communauté religieuse devra désormais être affiliée à une faîtière religieuse reconnue. Chaque organisation devra également mettre en place un organe interne de contrôle des prédications.

Sur le plan financier, les structures religieuses reconnues seront tenues de domicilier leurs comptes auprès de la Banque des Dépôts du Trésor, dans le but de renforcer la transparence de leur financement.

Des règles plus strictes pour les lieux de culte

L’ouverture d’un édifice religieux sera désormais soumise à une autorisation du Haut-commissaire.

Les lieux de culte devront respecter les règles d’urbanisme. Les bâtiments loués sur des terrains destinés à un autre usage ne pourront plus servir durablement de lieux de culte, tandis que les constructions réalisées irrégulièrement pourront être fermées ou démolies conformément à la procédure prévue par la loi.

Neutralité dans les services publics

La loi rappelle que les usagers conservent leur liberté de conviction dans les services publics, mais interdit toute forme de prosélytisme. Les agents publics sont désormais soumis à une obligation de neutralité religieuse dans l’exercice de leurs fonctions et ne pourront chercher à convaincre les usagers d’adhérer à une religion ou à une idéologie.

Des sanctions contre les dérives

Le texte prévoit des sanctions pénales contre les auteurs de discours de haine ou d’incitation à la violence pour des motifs religieux. Selon les dispositions adoptées, ces infractions pourront être punies de peines de 5 à 7 ans d’emprisonnement et d’amendes pouvant atteindre 10 millions de FCFA.

« Nous avons passé un cap important » À l’issue du vote, le ministre d’État Émile Zerbo a salué l’adoption d’un texte qu’il qualifie de moderne et adapté aux défis actuels.

Selon lui, cette loi permettra à l’État de mieux prévenir le radicalisme religieux, d’encadrer les interventions des prédicateurs, d’assainir l’occupation des espaces publics à des fins religieuses et de protéger les personnes vulnérables, notamment contre des phénomènes comme la mendicité forcée des enfants.

Il a annoncé qu’une vaste campagne de sensibilisation sera menée dans les différentes langues nationales afin de favoriser l’appropriation de cette nouvelle législation par l’ensemble de la population.

Avec cette réforme, le Burkina Faso entend concilier la liberté religieuse, garantie par la Constitution, avec les exigences de sécurité, de stabilité, de cohésion sociale et de vivre-ensemble, dans un contexte marqué par la lutte contre l’extrémisme violent.

Burkina Média

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