Le gouvernement burkinabè durcit le ton dans la lutte contre la corruption et le recouvrement des créances publiques. Désormais, toute personne fournissant des informations utiles pourra bénéficier d’une récompense pouvant atteindre 30 millions FCFA, a annoncé le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala.
Cette mesure a été rendue publique lors d’une conférence de presse tenue le 17 avril 2026, consacrée à la récupération des dettes dues à l’État. Elle s’appuie sur un dispositif réglementaire qui prévoit une prime pouvant aller jusqu’à 3 % des montants recouvrés, dans la limite d’un milliard FCFA. Un enjeu financier majeurDerrière cet appel à dénonciation, les montants en jeu sont considérables. Les créances suivies par l’Agence judiciaire de l’État (AJE) sont évaluées à plus de 107 milliards FCFA. Elles concernent notamment :
- Les chèques impayés,
- les créances bancaires,
- les dettes issues de décisions de justice,
- ainsi que diverses créances de l’État et de ses démembrements.
Pour les autorités, il ne s’agit plus seulement de recouvrer des fonds, mais aussi de démanteler des réseaux frauduleux.
Chèques impayés : une infraction assimilée à la corruption
Selon le ministre, l’émission de chèques sans provision pour régler des dettes publiques est considérée comme une infraction assimilée à la corruption. Dans ce contexte, les citoyens sont invités à collaborer avec les services compétents, notamment la police judiciaire pour aider à identifier les auteurs de ces pratiques. Les autorités assurent que l’identité des dénonciateurs sera protégée.
Protection et incitations pour les informateurs
Au-delà de la récompense financière, des garanties de confidentialité sont prévues pour sécuriser les lanceurs d’alerte. Mieux encore, les complices qui choisissent de dénoncer volontairement les faits pourraient « être exemptés de poursuites et bénéficier eux aussi d’une récompense, conformément aux textes en vigueur« . Un message que le ministre résume clairement en ces termes : « chacun est désormais face à un choix ».
Vers un durcissement des règles
Dans le même élan, plusieurs réformes sont en préparation telles que :
- l’élargissement des procédures administratives exigeant une attestation de non-engagement vis-à-vis de l’AJE,
- renforcement des contraintes pour les débiteurs,
- et possibilité de rendre certaines créances, notamment celles liées aux chèques impayés, imprescriptibles.
Selon l’AJE, cette orientation s’inscrit dans la continuité de textes existants, notamment une loi adoptée en 2002.
Une traque jusqu’au bout
Les autorités préviennent que le processus ira à son terme. Il s’agira non seulement de récupérer les fonds, mais aussi d’identifier les cas où les créances sont irrécouvrables, notamment en l’absence d’héritiers ou d’actifs exploitables. Par ailleurs, dans les situations où les fonds détournés ont été transférés à l’étranger, les infractions pourraient être considérées comme imprescriptibles, ouvrant la voie à des poursuites sans limite de temps.
L’État mise désormais sur une combinaison de pression judiciaire et incitations financières pour accélérer le recouvrement et frapper les réseaux de fraude.
Burkina Média
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