Les derniers rapports du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Mondiale, de la Banque Africaine de Développement (BAD) et de la BCEAO dressent le portrait d’une économie burkinabè plus résiliente qu’attendu. Derrière ces chiffres encourageants, quels sont les véritables moteurs de cette performance ? Cette croissance est-elle durable ? Et profitera-t-elle réellement aux populations ? Burkina Média vous propose un décryptage complet.
Une économie que beaucoup n’attendaient pas à ce niveau
Au cours des cinq dernières années, rares étaient les analystes qui imaginaient le Burkina Faso afficher une croissance supérieure à 5 %, surtout dans ce contexte marqué par une situation sécuritaire complexe. Les difficultés d’approvisionnement de certaines localités, les perturbations des activités économiques, les effets du changement climatique et les tensions sur les marchés internationaux semblaient réunir toutes les conditions d’un ralentissement durable de l’économie nationale.
Pourtant, les derniers rapports publiés par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la BCEAO présentent un constat bien différent.
Selon le FMI, le Produit intérieur brut (PIB) réel du Burkina Faso a progressé de 5,3 % en 2025, contre 4,8 % en 2024. Cette performance place le pays parmi les économies les plus dynamiques de l’espace UEMOA. Cette croissance est d’autant plus remarquable qu’elle intervient dans un environnement où de nombreux États de la région continuent de subir les conséquences de l’insécurité, de l’inflation mondiale et des tensions géopolitiques.
Mais cette bonne nouvelle ne signifie pas que l’économie burkinabè est sortie de toutes ses difficultés. Au contraire, les institutions internationales insistent sur le fait que cette amélioration repose sur des équilibres encore fragiles et que plusieurs risques pourraient remettre en cause cette dynamique si les réformes ne sont pas poursuivies. La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si le Burkina Faso a enregistré une croissance de 5,3 %. Il faut surtout comprendre comment cette croissance a été obtenue, quels secteurs l’ont portée, quelles en sont les limites et si elle peut être maintenue dans les années à venir.
Comprendre la croissance : pourquoi le chiffre de 5,3 % est important
Dans le débat public, la croissance économique est souvent présentée comme un indicateur abstrait. En réalité, elle mesure la richesse créée par un pays au cours d’une année. Lorsque le FMI annonce que l’économie burkinabè a progressé de 5,3 %, cela signifie que la valeur totale des biens et services produits dans le pays est supérieure de 5,3 % à celle de l’année précédente.
Cette progression traduit une augmentation de l’activité économique :
- les entreprises produisent davantage
- les agriculteurs récoltent plus
- les mines exportent davantage;
- les services se développent;
- les recettes fiscales augmentent;
- les investissements progressent.
En revanche, la croissance ne signifie pas automatiquement que chaque citoyen voit immédiatement son niveau de vie s’améliorer. Un pays peut connaître une forte croissance tout en faisant face à des difficultés sociales importantes si les richesses créées ne profitent pas suffisamment à l’ensemble de la population. C’est pourquoi les économistes ne se limitent jamais au seul taux de croissance. Ils analysent également l’inflation, l’emploi, la pauvreté, les finances publiques, les investissements et les échanges commerciaux.
Dans le cas du Burkina Faso, c’est justement l’amélioration simultanée de plusieurs de ces indicateurs qui retient aujourd’hui l’attention des institutions internationales.
Pourquoi cette croissance est différente des précédentes ?
La croissance enregistrée en 2025 ne repose pas sur un seul facteur. Elle est le résultat de plusieurs évolutions positives qui se sont produites en même temps. Le secteur minier a bénéficié d’une hausse des cours internationaux de l’or. L’agriculture a enregistré deux campagnes favorables. L’inflation a fortement reculé. Les finances publiques ont été mieux maîtrisées. Les exportations ont progressé plus rapidement que les importations. Les recettes fiscales sont restées solides.
Autrement dit, l’économie burkinabè a bénéficié d’une combinaison de facteurs internes et externes favorables.Cette diversité constitue un élément important. Une croissance fondée sur plusieurs moteurs est généralement plus résistante qu’une croissance dépendant exclusivement d’un seul secteur.
Cependant, cette résilience reste relative. Les rapports du FMI et de la Banque mondiale rappellent que deux secteurs continuent de jouer un rôle prépondérant dans l’économie nationale : les mines et l’agriculture.
Or, ces deux secteurs restent particulièrement exposés aux fluctuations des prix internationaux et aux aléas climatiques.
Les mines : la véritable locomotive de l’économie burkinabè
S’il existe aujourd’hui un secteur qui influence fortement les performances économiques du Burkina Faso, c’est bien celui des mines, et plus particulièrement l’exploitation de l’or. En une quinzaine d’années, le Burkina Faso est devenu l’un des principaux producteurs d’or du continent africain. Ce métal précieux représente désormais l’essentiel des exportations du pays et constitue l’une des premières sources de recettes en devises. Cette position stratégique a permis au Burkina Faso de mieux résister aux turbulences économiques internationales.
Mais pourquoi l’or est-il devenu aussi important pour l’économie nationale et a rapporté davantage en 2025 ?
L’année 2025 a été marquée par une hausse historique des cours mondiaux de l’or. Face aux tensions géopolitiques, aux conflits internationaux, aux incertitudes sur les marchés financiers et aux craintes de ralentissement économique mondial, les investisseurs se sont massivement tournés vers l’or, considéré comme une valeur refuge. Lorsque la demande mondiale augmente, le prix du métal grimpe. Pour un pays producteur comme le Burkina Faso, cette hausse constitue une excellente nouvelle. Même si la quantité d’or produite reste relativement stable, chaque once vendue rapporte davantage de recettes.
Autrement dit, sans nécessairement produire beaucoup plus, le pays peut gagner beaucoup plus grâce à l’évolution des prix internationaux. C’est précisément ce qui s’est produit en 2025. Les exportations minières ont fortement progressé, améliorant les recettes d’exportation, les recettes fiscales et les réserves de change.
Selon les analyses du FMI et de la Banque mondiale, cette évolution explique en grande partie l’amélioration spectaculaire des comptes extérieurs du Burkina Faso.
Comment l’or profite-t-il aux finances publiques ?
Contrairement à une idée largement répandue, les revenus générés par le secteur minier ne se limitent pas aux entreprises exploitantes. L’État bénéficie également de plusieurs sources de recettes. Les sociétés minières s’acquittent notamment de taxes, d’impôts, de redevances minières et de diverses contributions prévues par la législation burkinabè. Ces ressources viennent alimenter le budget national. Elles permettent notamment de financer les investissements publics, les infrastructures, les dépenses de sécurité, les programmes sociaux et le fonctionnement des services publics. En 2025, la progression des recettes minières a ainsi contribué au redressement des finances publiques observé par les institutions internationales.
Selon le FMI, cette amélioration a joué un rôle important dans la réduction du déficit budgétaire.
L’or améliore également le commerce extérieur
L’impact du secteur minier ne s’arrête pas aux recettes fiscales. Les exportations d’or permettent également au Burkina Faso de recevoir davantage de devises étrangères. Ces devises servent ensuite à financer les importations de carburants, de médicaments, de machines industrielles, d’engrais, de véhicules ou encore d’équipements destinés aux entreprises. Grâce à la forte progression des ventes d’or en 2025, le pays est passé d’un déficit courant en 2024 à un excédent en 2025, selon les estimations du FMI.
Autrement dit, le Burkina Faso a vendu davantage de biens au reste du monde qu’il n’en a acheté. Cette évolution constitue un signal positif pour la stabilité macroéconomique. Elle renforce également les réserves extérieures de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Une dépendance qui reste préoccupante
Malgré ces performances, le FMI, la Banque mondiale et la BAD attirent tous l’attention sur un risque majeur : la forte dépendance de l’économie burkinabè à l’or. Aujourd’hui, une part importante des recettes d’exportation, des recettes fiscales et de la croissance dépend directement de l’évolution des cours internationaux du métal précieux.
Or, ces prix sont fixés sur les marchés mondiaux et échappent totalement au contrôle du Burkina Faso. Une baisse brutale du prix de l’or pourrait entraîner :
- une diminution des recettes publiques ;
- un ralentissement de la croissance ;
- une réduction des exportations ;
- une dégradation de la balance commerciale ;
- une baisse des investissements.
C’est pourquoi les institutions internationales recommandent au Burkina Faso de poursuivre la diversification de son économie. L’objectif est de développer davantage l’agriculture moderne, l’industrie de transformation, les services, les nouvelles technologies et les énergies renouvelables afin que la croissance repose sur plusieurs piliers.
L’agriculture, le deuxième moteur de la croissance
Si les mines ont largement soutenu les performances économiques de 2025, elles ne suffisent pas à expliquer, à elles seules, la croissance de 5,3 %. Le second grand moteur de cette dynamique est l’agriculture. Ce secteur demeure le principal employeur du pays et fait vivre plusieurs millions de Burkinabè. Après plusieurs campagnes difficiles notamment marquées par des perturbations climatiques et des contraintes sécuritaires, les années 2024 et 2025 ont bénéficié de conditions plus favorables. La production céréalière a fortement progressé.
Cette amélioration a renforcé l’approvisionnement des marchés, soutenu les revenus des producteurs et stimulé les activités commerciales dans de nombreuses régions. Les bonnes récoltes ont également contribué à faire baisser les prix des denrées alimentaires, expliquant en partie le recul spectaculaire de l’inflation enregistré en 2025.
Pour les économistes, cette bonne performance agricole démontre qu’au-delà des mines, l’agriculture reste un levier stratégique du développement économique du Burkina Faso.
L’inflation passe sous zéro : une première depuis plusieurs années
Parmi les indicateurs qui ont le plus retenu l’attention des économistes figure l’évolution des prix. Alors que de nombreux pays continuaient de subir une inflation élevée en raison des tensions sur les marchés internationaux, le Burkina Faso a enregistré une inflation moyenne de -0,5 % en 2025, selon le Fonds monétaire international.
L’année précédente, l’inflation atteignait encore 4,2 %, alimentée notamment par les difficultés d’approvisionnement en céréales, le démarrage tardif de la saison des pluies et la hausse des coûts de transport. En l’espace d’un an, la situation s’est donc complètement inversée.
Pourquoi les prix ont-ils baissé ?
Cette baisse ne signifie pas que tous les produits sont devenus moins chers. Elle traduit plutôt une diminution du niveau général des prix par rapport à l’année précédente.
Deux facteurs expliquent principalement cette évolution.
Le premier est la bonne campagne agricole. Grâce à une production céréalière plus abondante, les marchés ont été mieux approvisionnés en maïs, mil, sorgho et autres produits alimentaires. Lorsque l’offre augmente plus rapidement que la demande, les prix ont naturellement tendance à reculer.
Le second facteur concerne les prix de certains produits énergétiques, dont la baisse a également contribué à ralentir l’inflation. Pour les ménages, cette évolution représente une véritable bouffée d’oxygène. Le coût du panier alimentaire a été moins élevé que les années précédentes, permettant de préserver une partie du pouvoir d’achat.
Cependant, les économistes restent prudents. Ils rappellent qu’une inflation négative n’est pas appelée à durer. Selon la BCEAO, le taux d’inflation devrait revenir autour de 1,5 % en 2026, un niveau considéré comme compatible avec la stabilité économique de l’UEMOA.
Le redressement spectaculaire des finances publiques
La croissance économique ne constitue pas le seul motif de satisfaction. Les finances publiques ont elles aussi connu une amélioration remarquable.
Selon le FMI, le déficit budgétaire est passé de 5,8 % du PIB en 2024 à seulement 1,8 % en 2025. La Banque mondiale retient une estimation différente, évaluant ce déficit à 3,7 % du PIB. Cette différence ne traduit pas un désaccord entre les deux institutions. Elle s’explique essentiellement par des méthodes de calcul différentes et par le périmètre retenu pour certaines dépenses publiques. Dans les deux cas, le constat est identique : Le Burkina Faso a considérablement réduit son déficit budgétaire.
Comment le gouvernement a-t-il réussi cette performance ?
Plusieurs facteurs expliquent cette amélioration. Les recettes fiscales ont progressé grâce à une meilleure mobilisation des impôts et taxes. Les revenus générés par le secteur minier ont augmenté sous l’effet de la hausse des cours de l’or.
Parallèlement, les autorités ont poursuivi une politique de maîtrise des dépenses publiques. Le FMI parle même d’une « consolidation budgétaire remarquable », saluant les efforts consentis pour améliorer la gestion des finances publiques malgré les importantes dépenses liées à la sécurité.
Cette amélioration renforce la crédibilité financière du Burkina Faso auprès de ses partenaires internationaux et permet également à l’État de disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour financer les investissements prioritaires.
Le commerce extérieur repasse dans le vert
Autre indicateur particulièrement encourageant : l’évolution du compte courant.
En 2024, le Burkina Faso affichait encore un déficit extérieur équivalant à 3,5 % du PIB. Un an plus tard, selon le FMI, le pays enregistre un excédent courant de 6,3 % du PIB. La Banque mondiale présente un chiffre plus prudent, estimant cet excédent à 1,1 % du PIB. Là encore, les méthodologies diffèrent. Mais le diagnostic reste identique. Les exportations ont progressé beaucoup plus rapidement que les importations. Cette amélioration s’explique essentiellement par les ventes d’or, dont la valeur a fortement augmenté sur les marchés internationaux.
Concrètement, davantage de devises sont entrées dans le pays. Ces devises servent ensuite à financer les importations de carburants, de médicaments, de machines industrielles, d’engrais ou encore d’équipements destinés aux entreprises. Cette évolution renforce également les réserves extérieures de l’UEMOA et améliore la stabilité financière du Burkina Faso.
Le FMI renforce sa confiance envers le Burkina Faso
Les performances enregistrées en 2025 n’ont pas échappé au Fonds monétaire international. À l’issue de sa mission conduite à Ouagadougou en mai 2026, le FMI a conclu un accord avec les autorités burkinabè sur la cinquième revue de la Facilité Élargie de Crédit (FEC). L’institution a accepté d’augmenter son soutien financier de 60,2 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), portant le montant total du programme à près de 289 millions de DTS.
Parallèlement, la première revue de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD) a également été validée. Ces décisions témoignent de la confiance accordée aux réformes économiques engagées par les autorités burkinabè.
Le FMI estime néanmoins que cette dynamique devra être consolidée par la poursuite des réformes structurelles, l’amélioration du climat des affaires, le renforcement de la gouvernance économique et la diversification des secteurs productifs.
Les risques qui pourraient freiner la dynamique économique
Les performances enregistrées en 2025 sont encourageantes, mais elles ne garantissent pas une croissance durable. Dans leurs différents rapports, le FMI, la Banque mondiale, la BAD et la BCEAO rappellent que l’économie burkinabè reste exposée à plusieurs risques susceptibles de ralentir sa progression au cours des prochaines années.
Le premier de ces risques concerne les cours internationaux de l’or. La dépendance à l’or : une force, mais aussi une fragilité. En 2025, la flambée des prix de l’or a largement contribué aux bonnes performances économiques du Burkina Faso.
Cependant, cette situation pourrait rapidement s’inverser. Les prix de l’or sont fixés sur les marchés internationaux et dépendent de nombreux facteurs : évolution de l’économie mondiale, politique monétaire des grandes banques centrales, conflits géopolitiques ou encore comportement des investisseurs.
Si les cours venaient à chuter fortement, les conséquences seraient immédiates. Les recettes d’exportation diminueraient. Les recettes fiscales issues des sociétés minières reculeraient. Les réserves en devises seraient moins importantes.
Enfin, la croissance économique pourrait ralentir. C’est pourquoi les institutions internationales insistent sur la nécessité de diversifier davantage l’économie nationale, afin que le pays ne dépende plus essentiellement des performances du secteur minier.
L’agriculture reste fortement dépendante du climat
Le deuxième risque concerne le secteur agricole. Même si les campagnes de 2024 et 2025 ont été particulièrement favorables, l’agriculture burkinabè demeure très dépendante des conditions climatiques.
Une mauvaise pluviométrie, une sécheresse prolongée ou des inondations importantes pourraient réduire les rendements agricoles et provoquer une hausse des prix alimentaires. Le changement climatique constitue ainsi l’un des principaux défis pour les années à venir. Le FMI recommande d’accélérer les investissements dans l’irrigation, les barrages, la mécanisation agricole et les techniques de production résilientes afin de réduire cette vulnérabilité.
La hausse annoncée des prix des engrais
Le FMI estime que les prix à l’importation de certaines catégories d’engrais pourraient augmenter de plus de 100 %. Une telle hausse renchérirait les coûts de production pour les agriculteurs.
Selon une analyse de la Banque mondiale citée par le Fonds, une augmentation de seulement 20 % du prix des engrais pourrait entraîner une baisse d’environ 12 % des rendements du maïs. Une telle évolution affecterait directement la production agricole, les revenus des exploitants et les prix des denrées alimentaires.
Pour éviter ce scénario, le FMI recommande la mise en place de subventions ciblées permettant aux producteurs de continuer à accéder aux intrants essentiels.
Le pétrole demeure une source d’incertitude
Le Burkina Faso importe la quasi-totalité des produits pétroliers qu’il consomme. Et cette dépendance l’expose aux fluctuations des marchés internationaux.
Le FMI évoque notamment le risque d’une forte hausse des prix du pétrole liée aux tensions géopolitiques. Une augmentation durable du prix du baril entraînerait une hausse des coûts de transport, des dépenses énergétiques des entreprises et du coût de la vie. Même si la BCEAO estime que l’inflation devrait rester maîtrisée autour de 1,5 % en 2026, une flambée prolongée des prix du pétrole pourrait modifier ces prévisions.
Au-delà des considérations financières, toutes les institutions internationales s’accordent sur un point : la sécurité reste le principal facteur susceptible d’influencer l’avenir de l’économie burkinabè. Une amélioration durable de la situation sécuritaire favoriserait :
- le retour des populations déplacées ;
- la reprise des activités agricoles ;
- la réouverture de nombreuses zones de production ;
- l’augmentation des investissements privés ;
- le développement du commerce intérieur.
À l’inverse, une aggravation de la situation pourrait ralentir les investissements, peser sur les finances publiques et limiter les performances économiques. Le FMI mentionne également le risque de propagation des tensions régionales, notamment en provenance du Mali, qui pourrait avoir des répercussions sur l’économie burkinabè.
Une baisse progressive de la pauvreté
Malgré ces incertitudes, les perspectives sociales s’améliorent progressivement. Selon la Banque mondiale, deux années successives de bonnes récoltes et une inflation faible devraient permettre à l’extrême pauvreté de reculer à 34,6 % de la population. L’institution prévoit une poursuite de cette tendance jusqu’en 2028. Près d’un million de Burkinabè pourraient ainsi sortir de l’extrême pauvreté au cours des prochaines années si la croissance économique reste soutenue.
Cependant, plus d’un tiers de la population continuerait de vivre dans des conditions difficiles. Les institutions rappellent donc que la croissance économique devra désormais se traduire par davantage d’emplois, une meilleure industrialisation, une transformation locale des matières premières et une amélioration des revenus des ménages.
Des prévisions encourageantes pour les prochaines années
Les perspectives économiques restent globalement favorables. La Banque mondiale prévoit une croissance pouvant atteindre 6,1 % en 2026, sous réserve d’une amélioration continue de la sécurité, d’une bonne campagne agricole et d’un environnement international relativement stable. La Banque africaine de développement affiche également son optimisme, tout en rappelant que cette trajectoire dépendra de la capacité du pays à poursuivre les réformes économiques engagées.
Le FMI partage cette même analyse. Pour l’institution, le Burkina Faso dispose aujourd’hui d’une économie plus résiliente qu’il y a quelques années. Mais cette résilience devra désormais s’accompagner d’une transformation structurelle profonde afin de réduire progressivement la dépendance à l’or, de renforcer l’industrie, de moderniser l’agriculture et de créer davantage d’emplois durables.
Pourquoi les chiffres du FMI, de la Banque mondiale et de la BAD diffèrent-ils ?
Au cours de la lecture des différents rapports consacrés au Burkina Faso, un constat peut surprendre : les chiffres publiés par le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) ne sont pas toujours identiques. Par exemple, le FMI estime que le déficit budgétaire s’est établi à 1,8 % du PIB en 2025, tandis que la Banque mondiale l’évalue à 3,7 %. De même, le FMI fait état d’un excédent courant de 6,3 % du PIB, alors que la Banque mondiale avance un excédent plus modéré de 1,1 %.
À première vue, ces différences pourraient laisser croire à une contradiction entre les institutions. En réalité, il n’en est rien.
Des méthodes de calcul différentes
Chaque institution utilise ses propres modèles économiques, ses bases de données et ses calendriers de publication. Certaines prennent en compte des dépenses ou des recettes qui ne sont pas intégrées de la même manière par d’autres organismes. D’autres s’appuient sur des données provisoires, ensuite révisées lorsque de nouvelles informations deviennent disponibles. Ces écarts sont fréquents dans les analyses macroéconomiques et ne remettent pas en cause les tendances de fond.
En revanche, sur les principaux constats, le FMI, la Banque mondiale, la BAD et la BCEAO convergent largement. Toutes reconnaissent que :
- le Burkina Faso a enregistré une croissance solide en 2025 ;
- l’or a joué un rôle déterminant dans cette performance ;
- l’agriculture a fortement soutenu l’activité économique ;
- les finances publiques se sont améliorées ;
- l’inflation est restée maîtrisée ;
- les perspectives demeurent positives, tout en restant exposées à plusieurs risques.
Autrement dit, les différences portent davantage sur les estimations chiffrées que sur le diagnostic général.
Le Burkina Faso peut-il maintenir cette dynamique ?
La grande question est désormais celle de la durée. Les performances de 2025 constituent-elles le début d’un nouveau cycle de croissance ou simplement une embellie temporaire ?
Les institutions internationales estiment que le Burkina Faso dispose aujourd’hui d’atouts importants. Le pays bénéficie d’importantes ressources minières, d’un potentiel agricole considérable, d’une population jeune et d’une position stratégique au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Les réformes engagées ces dernières années pour renforcer les finances publiques, améliorer la mobilisation des recettes et soutenir certains secteurs productifs commencent également à produire leurs effets.
Cependant, cette dynamique devra être consolidée. Le véritable défi consiste désormais à transformer cette croissance en développement durable et cela passe notamment par :
- la poursuite de la modernisation de l’agriculture ;
- le développement de l’industrie de transformation ;
- la valorisation locale des ressources minières ;
- le soutien aux petites et moyennes entreprises ;
- l’amélioration du climat des affaires ;
- la création d’emplois pour les jeunes ;
- le renforcement des infrastructures ;
- la poursuite des investissements dans l’éducation, la santé et la formation professionnelle.
Pour les économistes, une croissance durable est une croissance qui profite directement aux populations.
L’analyse de Burkina Média
Les résultats publiés par le FMI, la Banque mondiale, la BAD et la BCEAO montrent que l’économie burkinabè fait preuve d’une résilience remarquable malgré un contexte particulièrement difficile.
Il serait toutefois exagéré d’affirmer que tous les défis sont désormais derrière nous. Les bonnes performances de 2025 constituent avant tout une opportunité d’accélérer les réformes, de diversifier l’économie, de renforcer la transformation locale des matières premières et de créer davantage de richesses sur le territoire national.
Le Burkina Faso dispose aujourd’hui d’une occasion rare. Utiliser les recettes générées par le secteur minier et les bonnes performances agricoles pour construire une économie moins dépendante des matières premières et plus créatrice d’emplois.
Le succès de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs : la stabilité sécuritaire, la poursuite des réformes économiques, la qualité de la gouvernance, la mobilisation des investissements privés et la capacité du pays à développer de nouveaux secteurs de croissance.
Une chose est certaine : les performances enregistrées en 2025 montrent que, malgré les difficultés, le Burkina Faso possède des ressources et des capacités qui lui permettent d’envisager l’avenir avec davantage de confiance.
L’année 2025 restera comme un tournant pour l’économie burkinabè. Avec une croissance de 5,3 %, une inflation maîtrisée, des finances publiques assainies et un regain de confiance des partenaires internationaux, le pays a démontré une capacité de résilience saluée par les grandes institutions financières.
Mais les prochaines années seront determinantes. Le véritable indicateur de réussite ne sera pas uniquement le taux de croissance, mais la capacité à transformer cette dynamique économique en emplois, en industrialisation, en réduction de la pauvreté et en amélioration durable des conditions de vie des Burkinabè.
C’est sur ce terrain que se jouera la prochaine étape du développement économique du Burkina Faso.
Burkina Média
