Burkina Faso : 254 milliards de FCFA de capital bancaire détenus par des nationaux, le pays en tête de l’UEMOA.

Le Burkina Faso se distingue une nouvelle fois dans le paysage financier régional. À fin 2025, environ 254 milliards de FCFA du capital des établissements de crédit burkinabè étaient détenus par des investisseurs nationaux, faisant du pays celui où la participation nationale au capital bancaire est la plus importante dans l’espace UEMOA. Cette situation traduit le poids croissant des capitaux burkinabè dans un secteur qui continue de prendre de l’ampleur.

La capitalisation globale des établissements de crédit installés au Burkina Faso atteignait 376,25 milliards de FCFA à fin 2025. Sur ce montant, les investisseurs privés nationaux détenaient 176,83 milliards, tandis que l’État burkinabè disposait de 77,55 milliards. À eux deux, ces actionnaires nationaux représentaient donc environ 67,6 % du capital du secteur. Les investisseurs non nationaux détenaient pour leur part 121,86 milliards de FCFA.

Cette configuration place le Burkina Faso devant les autres pays de l’UEMOA en matière de détention du capital bancaire par les investisseurs nationaux. Elle est d’autant plus significative que les groupes et capitaux étrangers occupent traditionnellement une place importante dans les systèmes bancaires ouest-africains.

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Cette progression de la participation nationale intervient dans un secteur bancaire en pleine expansion. À fin décembre 2025, le Burkina Faso comptait 20 établissements de crédit, dont 16 banques et quatre établissements financiers à caractère bancaire. Le total de bilan du secteur s’est établi à 10 251,4 milliards de FCFA, en hausse de 7,5 % sur un an. Avec 12,5 % du total bilan des établissements de crédit de l’UMOA, le Burkina Faso conserve ainsi la troisième place bancaire de l’Union, derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Le réseau s’est également renforcé avec 416 agences, bureaux et points de vente, ainsi que 638 guichets automatiques de banque. Le nombre de comptes bancaires a atteint 3,42 millions, plaçant le Burkina Faso au deuxième rang de l’UEMOA sur cet indicateur, derrière la Côte d’Ivoire.

La progression de la détention nationale du capital bancaire ne repose donc pas uniquement sur les entrepreneurs privés. L’État occupe lui aussi une place importante dans le système financier.

Selon les données de la Commission bancaire de l’UMOA, sa participation représentait 77,55 milliards de FCFA à fin 2025. Cette présence s’inscrit dans une stratégie de renforcement du contrôle et de la gestion des participations publiques dans le secteur financier.

Dès février 2026, le gouvernement avait annoncé la création d’une holding destinée à centraliser et à mieux gérer les participations de l’État dans les banques et établissements financiers. À l’époque, les données 2024 faisaient état de 65,8 milliards de FCFA de participations publiques, soit environ 20 % du capital du secteur. L’État détenait alors des participations dans onze banques sur seize.

Cette orientation s’est concrétisée avec la mise en place de Yennenga Holding Burkina Faso SA. La nouvelle structure a vocation à créer davantage de synergies entre les participations publiques, à optimiser l’allocation des ressources et à améliorer la performance des entités concernées. Son opérationnalisation s’est poursuivie en 2026.

Après l’installation de son directeur général en juin, le premier Conseil d’administration de Yennenga Holding a été installé le 4 août 2026. La holding doit notamment contribuer à renforcer la présence stratégique de l’État dans le secteur bancaire et financier et à soutenir le financement de l’économie nationale. La montée en puissance des capitaux nationaux trouve également une illustration dans le développement de groupes financiers issus du Burkina Faso.

Parmi eux, Coris Bank International occupe une place particulière. Le groupe fondé par l’entrepreneur burkinabè Idrissa Nassa poursuit son expansion régionale et a enregistré en 2025 une progression de 36 % de son bénéfice net, porté à 65,5 milliards de FCFA. Son total bilan consolidé, incluant sa succursale au Niger, a atteint près de 3 000 milliards de FCFA, soit 2 997 milliards, en hausse de 11,7 %.

Cette évolution illustre la capacité de capitaux et d’entreprises issus du Burkina Faso à construire des institutions financières capables de dépasser le seul marché national et de s’implanter dans plusieurs pays de la région.

Le poids du secteur bancaire dépasse toutefois la seule question de l’actionnariat. Les établissements de crédit constituent également un canal essentiel pour le financement des entreprises, des ménages et des investissements.

À fin 2025, l’encours des crédits au Burkina Faso s’établissait à 4 476,2 milliards de FCFA, même s’il a enregistré une baisse de 4 % sur un an. Dans le même temps, les dépôts à vue ont progressé de 17,7 %, pour atteindre 3 017,3 milliards de FCFA.

Le secteur présente néanmoins des points de vigilance. Les crédits en souffrance ont augmenté de 8,5 % pour atteindre 188,4 milliards de FCFA, tandis que les créances douteuses et litigieuses ont progressé de 16,2 %. La rentabilité globale des établissements de crédit s’est également dégradée, avec un résultat net de 94,4 milliards de FCFA en 2025, en baisse de 16,9 %.

La forte présence des capitaux nationaux dans le secteur bancaire constitue ainsi un élément important dans la stratégie de souveraineté économique poursuivie par le Burkina Faso. Elle signifie qu’une part importante des institutions chargées de collecter l’épargne et de financer l’économie appartient désormais à des acteurs nationaux.

Cette dynamique rejoint les orientations engagées par l’État à travers la création de Yennenga Holding, mais aussi le développement de groupes privés burkinabè capables de s’imposer sur les marchés régionaux. Les autorités cherchent à mobiliser davantage les ressources internes pour financer les investissements et les grands projets du pays.

Le défi sera désormais de transformer cette forte présence nationale dans le capital bancaire en une capacité accrue de financement de la production, de l’industrie, de l’agriculture, des PME et des infrastructures. Car au-delà de la propriété du capital, la véritable portée de cette évolution se mesurera à la capacité du système financier à accompagner durablement la transformation de l’économie burkinabè.

Source : Commission Bancaire de l’UEMOA – rapport 2024-25

Burkina Média

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