Élève en Terminale A4 au complexe scolaire Somsog-Yan, à Tinsouka, dans la commune de Tanghin-Dassouri, Rodrigue Zoungrana s’initie à l’intelligence artificielle avec un projet inspiré des connaissances que sa grand-mère lui transmet sur les plantes et les graines. Baptisée « Sahel Docteur des Plantes et Graines », son application ambitionne de faciliter la découverte du patrimoine végétal et de contribuer à la préservation des savoirs locaux.
À 19 ans, Rodrigue Zoungrana explore un domaine éloigné de sa formation scolaire. Élève en Terminale A4, série littéraire, il s’est lancé dans la création d’une application faisant appel à l’intelligence artificielle pour aider les utilisateurs à découvrir les plantes et les graines. Son initiative, baptisée « Sahel Docteur des Plantes et Graines », trouve son origine dans une histoire familiale et une préoccupation : comment préserver les connaissances sur les végétaux transmises de génération en génération ?
Dans un entretien accordé à Burkina Média, le jeune Burkinabè revient sur les motivations qui l’ont conduit à entreprendre ce projet, les difficultés rencontrées et ses ambitions pour le Burkina Faso et les autres pays du Sahel.
De l’enseignement de sa grand-mère à l’intelligence artificielle
L’idée de Rodrigue Zoungrana est d’abord née au contact de sa grand-mère. Depuis son enfance, celle-ci lui transmet des connaissances sur les plantes, les cultures, les graines et les semences. Lorsqu’ils se rendent au champ, le jeune élève la considère comme une véritable enseignante du monde végétal.
Mais une interrogation finit par le marquer : que deviendront ces connaissances lorsque sa grand-mère ne sera plus là pour les transmettre ? « Qui me transmettra alors tout ce qu’elle connaît ? Les noms des espèces végétales, leurs caractéristiques et les connaissances qu’elle m’enseigne risquent-ils de disparaître avec elle ? », s’interroge-t-il.
Cette réflexion nourrit son envie de contribuer à la sauvegarde de ce patrimoine. Une nouvelle étape intervient lorsqu’il reçoit de son père une tablette-ordinateur destinée à l’aider dans la préparation de son baccalauréat. Cet équipement lui permet également d’explorer les outils numériques et les possibilités offertes par l’intelligence artificielle.

Interface de l’application Sahel Doctor
Inspiré par des jeunes qui se lancent dans la création d’applications, il décide alors d’essayer de développer une solution répondant à une préoccupation qu’il connaît personnellement. Pour lui, sa formation littéraire ne constitue pas une raison de renoncer à cette ambition. Il estime que la curiosité, la volonté d’apprendre et la persévérance peuvent permettre aux jeunes d’explorer des domaines nouveaux.
« Sahel Docteur des Plantes et Graines », un projet encore en développement
L’application imaginée par Rodrigue Zoungrana vise à faciliter la découverte des plantes et des graines. Selon sa présentation, l’utilisateur peut soumettre une photographie d’un végétal afin que l’intelligence artificielle analyse son apparence et propose une identification, accompagnée d’informations complémentaires.
Au-delà de l’identification, le jeune développeur souhaite faire de son initiative un outil de sensibilisation à la richesse végétale des communautés et de transmission des connaissances aux nouvelles générations.
Il précise toutefois que le projet en est encore à ses débuts. Il a commencé à travailler sur l’application environ deux jours avant d’accorder une interview à Burkina Média. Cette phase précoce implique des essais, des ajustements et un travail supplémentaire pour améliorer la qualité des résultats.

Rodrigue Zoungrana reconnaît notamment que l’intelligence artificielle peut se tromper. Les identifications proposées doivent donc être vérifiées, particulièrement lorsqu’il s’agit de plantes médicinales, toxiques ou destinées à la consommation. Il souligne l’importance de pouvoir bénéficier, à terme, de l’expertise de botanistes, d’agronomes et de spécialistes des semences.
Cette prudence est essentielle pour une application qui entend fournir des informations sur le monde végétal : la reconnaissance visuelle d’une plante ne suffit pas toujours à établir son identification avec certitude.
Entre études, apprentissage et contraintes financières
Le développement de l’application représente également un défi pour le jeune élève, qui doit concilier son apprentissage du numérique avec la préparation du baccalauréat.Sans formation technique spécialisée en informatique ou en intelligence artificielle, il apprend progressivement à utiliser les outils de création d’applications, à structurer son projet et à améliorer l’expérience des utilisateurs.

Les contraintes financières constituent une autre difficulté. Certains outils de développement et d’intelligence artificielle nécessitent des crédits payants ou des abonnements, ce qui peut limiter les possibilités d’expérimentation lorsque les ressources sont modestes.
Malgré ces obstacles, Rodrigue Zoungrana entend poursuivre son apprentissage et améliorer son initiative étape par étape.
« Je ne prétends pas tout maîtriser aujourd’hui. Je suis au début de mon parcours, mais je suis déterminé à apprendre, à corriger mes erreurs et à faire évoluer mon application », affirme-t-il.
Un projet tourné vers le Burkina Faso et le Sahel
À terme, le jeune porteur de projet souhaite étendre l’ambition de « Sahel Docteur des Plantes et Graines » au-delà du Burkina Faso, notamment au Mali et au Niger. Il espère que l’application pourra progressivement mieux prendre en compte la diversité des espèces végétales, les connaissances locales et les langues utilisées dans les communautés.
Son ambition est de créer une passerelle entre les savoirs transmis par les parents et les grands-parents, les ressources documentaires et les possibilités offertes par les technologies numériques.

Pour y parvenir, il souhaite bénéficier d’un accompagnement technique, de formations et de l’appui de spécialistes capables de contribuer à la vérification et à l’enrichissement des informations proposées par l’application. Il espère également être orienté vers des programmes destinés aux jeunes porteurs d’initiatives numériques.
Au-delà de son projet personnel, Rodrigue Zoungrana souhaite encourager d’autres jeunes à apprendre, à expérimenter et à développer des solutions adaptées aux réalités de leurs communautés. Son initiative reste à consolider, notamment sur le plan technique et scientifique. Mais elle part d’une préoccupation concrète : préserver et valoriser les connaissances végétales qui se transmettent au sein des familles et des communautés.
L’application « Sahel Docteur des Plantes et Graines » est accessible à l’adresse suivante : Sahel Doctor App
Entretien réalisé par Burkina Média.
