Le processus législatif autour du projet de loi sur les libertés religieuses au Burkina Faso entre dans une phase décisive. Ce jeudi 11 juin 2026, la Commission des affaires générales institutionnelles et des Droits Humains (CAGIDH) a entamé les auditions des acteurs concernés, avec en première ligne la Fédération des Associations Islamiques du Burkina Faso (FAIB) et le Conseil supérieur de la chefferie coutumière et traditionnelle.
Ce projet de loi ne sort pas de nulle part. Il a été adopté en Conseil des ministres le 19 mars 2026, sous la présidence du Capitaine Ibrahim Traoré. Sa mission est de combler un vide juridique, définir un cadre précis et mettre en place les outils nécessaires pour garantir le libre exercice des droits et libertés en matière religieuse, conformément au principe de laïcité consacré par la Constitution burkinabè. Après une phase d’appropriation du texte entamée le 8 juin 2026 par les membres de la CAGIDH, place est désormais faite aux acteurs de terrain pour enrichir le document.

La Fédération des Associations Islamiques du Burkina Faso n’est pas venue les mains vides. Loin d’un simple avis de principe, elle a procédé à une lecture croisée et exhaustive du projet, passant chaque article à la loupe. À la clé, plusieurs propositions de reformulation et des ajouts d’alinéas jugés nécessaires pour mieux garantir l’exercice du culte islamique dans un cadre juridique apaisé.
La démarche a été saluée par la Présidente de la Commission, Lynda Gladys Kandolo/Ouédraogo, qui a reconnu la qualité et la profondeur des contributions de la FAIB, soulignant le sérieux de cette démarche constructive.

La FAIB a notamment exprimé le souhait que ses contributions techniques soient prises en compte afin de permettre à la communauté musulmane du Burkina de vivre pleinement sa foi en conformité avec les principes islamiques. Ce projet de loi n’est pas sans rappeler une expérience douloureuse : un précédent texte sur les libertés religieuses avait dû être retiré après que la FAIB avait exprimé des craintes, notamment sur la question des enseignants musulmans qui ne pourraient plus prier à l’école ou porter des tenues religieuses, et sur l’article conditionnant l’ouverture des lieux de prière à l’obtention d’une autorisation préalable.
Le Conseil supérieur de la chefferie coutumière et traditionnelle a ouvert la série des auditions en exprimant sa satisfaction face à l’initiative législative. Pour les garants de la tradition, ce texte offre à l’État un cadre juridique spécifique et adapté pour mieux encadrer l’exercice des libertés religieuses sur l’ensemble du territoire national. Ils ont insisté sur la nécessité de vulgariser largement la future loi après son adoption, afin d’en permettre l’appropriation par toutes les populations, y compris dans les zones les plus reculées du pays.
Pour les chefs coutumiers, cette réforme est un instrument important pour promouvoir le vivre-ensemble et renforcer la cohésion sociale dans un Burkina Faso qui traverse une période de profonde transformation institutionnelle.

Les auditions de la CAGIDH ne s’arrêtent pas à ces deux acteurs. D’autres organisations religieuses et structures de la société civile devraient être entendues dans les prochains jours, avant que la Commission ne finalise son rapport et ne soumette le texte à l’Assemblée législative de transition pour examen et vote. Un processus qui témoigne de la volonté des autorités de construire un cadre législatif consensuel autour d’un sujet aussi sensible que la liberté religieuse dans un pays où islam, christianisme et religions traditionnelles coexistent depuis des siècles.
Burkina Média
