L’avis d’un étudiant en Gestion des Ressources Humaines, passionné par les enjeux d’insertion professionnelle et de développement du capital humain.
Par OUEDRAOGO Juste Steeve
« Expérience professionnelle exigée : deux ans minimum. »
Cette phrase, beaucoup de jeunes diplômés la connaissent. Après plusieurs années passées à l’université, diplôme en poche et avec l’envie de commencer leur vie professionnelle, certains découvrent pourtant que leur formation ne suffit pas. Il faut aussi avoir déjà travaillé.
Mais comment un jeune peut-il acquérir deux ans d’expérience si personne ne lui donne l’occasion de commencer ? C’est l’un des paradoxes auxquels sont confrontés de nombreux jeunes au début de leur parcours professionnel.
Le diplôme, une première étape qui ne suffit pas toujours.
Il est parfaitement compréhensible qu’une entreprise cherche à recruter des personnes compétentes et capables de répondre aux exigences d’un poste. L’expérience peut constituer un gage de confiance et permettre à un recruteur de miser sur un candidat rapidement opérationnel.
Mais toutes les fonctions ne nécessitent pas le même niveau d’expérience. Et, il faut savoir distinguer les postes qui exigent une expérience confirmée de ceux qui peuvent être ouverts à des profils débutants.
Lorsqu’une offre destinée à un jeune diplômé exige déjà deux ou trois années d’expérience, le paradoxe devient évident. Le candidat doit avoir commencé sa carrière avant même d’avoir eu la possibilité de la commencer.
Il serait facile de considérer que la responsabilité incombe uniquement aux entreprises. Pourtant, les jeunes diplômés ont eux aussi une part à jouer. Attendre exclusivement qu’une entreprise recrute peut faire perdre un temps précieux. Pendant cette période, il est possible de se rendre utile, d’apprendre et surtout de se confronter au terrain.
Le bénévolat, les associations, les stages, les projets personnels, les missions ponctuelles ou encore l’entrepreneuriat peuvent permettre de développer des compétences et d’acquérir une première expérience. Organiser une activité, conduire un projet, travailler en équipe, prendre des responsabilités dans une association ou développer une petite activité sont autant d’occasions d’apprendre et de démontrer ses capacités.
Encore faut-il savoir valoriser ces expériences. Un CV ne devrait pas uniquement retracer le parcours académique d’un candidat. Il devrait aussi permettre de comprendre ce qu’il sait faire, les responsabilités qu’il a déjà assumées et les réalisations auxquelles il a contribué.
Mais soyons honnête qu’en même. Les efforts du jeune ne peuvent pas tout résoudre. À un moment donné, une entreprise doit accepter de lui faire confiance.
Entreprises et RH : miser aussi sur le potentiel.
C’est là que les entreprises, et particulièrement les gestionnaires des ressources humaines, ont un rôle important à jouer. Lorsqu’il s’agit de recruter un jeune diplômé, faut-il uniquement regarder le nombre d’années d’expérience inscrites sur son CV ?
À mon avis, pas toujours.
La motivation, la capacité d’apprentissage, l’adaptabilité, la curiosité et les compétences comportementales peuvent également fournir de précieuses indications sur le potentiel d’un candidat.
Pourquoi ne pas développer davantage des stages réellement formateurs, des programmes d’intégration ou encore des périodes d’évaluation permettant aux jeunes de faire leurs preuves ? L’entreprise pourrait ainsi apprécier directement les compétences d’un candidat sur le terrain, plutôt que de se limiter à son expérience passée.
Après tout, les talents ne sont pas toujours ceux qui cumulent le plus d’années d’expérience. Parfois, ce sont simplement ceux à qui l’on a donné l’occasion de montrer ce qu’ils savent faire.
L’État a aussi sa part de responsabilité.
La question ne peut cependant pas être laissée aux seuls jeunes et aux entreprises. L’État a également un rôle à jouer pour faciliter la transition entre la formation et l’emploi. Cela peut passer par un meilleur accompagnement des jeunes diplômés, des dispositifs favorisant l’accès à une première expérience professionnelle et un encadrement plus efficace des stages.
Un stage devrait permettre d’apprendre, de développer ses compétences et, lorsque les conditions le permettent, de se rapprocher de l’emploi. Il ne devrait pas devenir une succession d’expériences précaires sans véritable perspective de recrutement.
Qui doit donner la première chance ?
Je ne pense pas que la solution consiste à demander uniquement aux jeunes de faire davantage d’efforts. Ils doivent bien sûr continuer à se former, développer leurs compétences et saisir les opportunités qui se présentent.
Mais les entreprises doivent aussi accepter de faire confiance à des profils qui n’ont pas encore eu l’occasion de démontrer pleinement leur potentiel. Quant à l’État, il doit contribuer à créer un environnement qui facilite la rencontre entre les jeunes et le monde professionnel.
L’expérience est importante. Elle se construit avec le temps, les responsabilités et, surtout, les opportunités.
Alors, peut-être devrions-nous moins nous demander : « Quelle expérience ce jeune possède-t-il déjà ? » et davantage : « De quelle expérience pourrait-il être capable si nous lui donnions sa première chance ? » Car le paradoxe est bien là. On ne peut pas demander à un jeune d’avoir de l’expérience tout en lui refusant l’occasion de l’acquérir.
Burkina Média
