Au Burkina Faso, le forgeron occupe une place unique dans la société. Il n’est pas seulement un artisan qui travaille le fer. Il est un homme de tradition, de respect et de sagesse. Depuis des siècles, il accompagne la vie des communautés, protège l’équilibre social et transmet un savoir précieux de génération en génération.
Dans la société traditionnelle, le forgeron n’est pas seulement celui qui travaille le fer. Il est celui qui transforme la matière, mais aussi celui qui répare les fractures de notre société. Il agit dans le visible et dans l’invisible, avec une autorité qui ne vient ni de la force, ni du pouvoir politique, mais de la tradition.
Une lignée ancestrale dans l’histoire Moaga
Chez les Mossi, les forgerons appartiennent à des familles bien connues, notamment les BAMOGO, considérés comme les ancêtres des lignées forgeronnes. Leur nom signifie « libérateur du territoire moaga », preuve de leur importance dans l’histoire.
D’autres familles comme les ZOROMÉ, KIENTÉGA, YIOUGO, GANSORÉ, KONKOBO, ZONGO ou ZONON font également partie de cette tradition. Ces familles sont présentes dans plusieurs régions du Burkina, notamment dans le Centre-Nord, à Kaya, Boussouma ou Barsalogho, avant de s’étendre vers d’autres villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
Bien comprendre aussi : être forgeron est un héritage familial. Ce savoir se transmet des parents aux enfants, dans le respect des traditions.
Les maîtres du feu et bâtisseurs de la société
Avant l’arrivée de la colonisation et des outils industriels qui ont dominé aujourd’hui notre quotidien, le forgeron était indispensable à la survie de la communauté. C’est lui qui fabriquait les dabas pour cultiver la terre, les couteaux, les haches, les mortiers, les bijoux et de nombreux objets de la vie quotidienne.
Il était aussi le fournisseur des armes utilisées par les guerriers pour défendre les royaumes et protéger les populations. Le forgeron contribuait ainsi directement à la sécurité et à l’autonomie de nos sociétés anciennes.
Mais son savoir ne se limitait pas au métal. Il était également sculpteur, potier et créateur d’objets rituels. À travers ses mains, il donnait forme à la vie quotidienne et participait à la construction matérielle et culturelle de la société.
Le médiateur qui réconcilie les hommes
Le forgeron joue un rôle très important dans la résolution des conflits. Lorsqu’il y a une grave dispute entre deux familles, deux personnes ou même un couple, c’est souvent lui qui intervient en dernier recours. Il demande pardon au nom de la paix. Et dans la tradition, sa demande est respectée, quelque soit le degré de la différence. Sa parole a don un grand poids dans chaque situation.
Un homme respecté pour ses liens avec le monde invisible
Dans les croyances traditionnelles, le forgeron possède aussi un pouvoir spirituel particulier. Lorsqu’une personne ou un animal est frappé par la foudre, c’est le forgeron qui intervient. Il est le seul à pouvoir s’approcher en premier et accomplir les gestes nécessaires pour protéger les autres et neutraliser le danger. Il possède la capacité de temporiser la puissance de la foudre et de neutraliser le danger avant que les autres puissent s’approcher.
Ce rôle renforce son image d’homme doté d’un pouvoir spirituel et d’une connaissance qui dépasse le simple savoir technique.
Le détenteur d’un héritage spirituel fondateur
Dans les récits traditionnels, le forgeron occupe une place centrale dans la naissance même de la société. Chez les Yonyonsé, considérés comme les premiers habitants de la terre moaga, le forgeron est celui qui a fabriqué et transmis le Tobga, un objet sacré porteur d’identité et de puissance spirituelle.
Certains récits racontent que les ancêtres Yonyonsé ont été révélés par le forgeron lui-même. Ce rôle fondateur lui confère une place unique dans l’ordre traditionnel. Cette alliance qui lie les deux familles interdit dans certains villages comme à Bonga ( un village situé dans la région du centre nord, dans la commune de Bourzanga) des personnes issues des deux clans de se marier. Selon les anciens ces deux familles sont devenues comme une seule et même maison. Se marier entre eux est donc considéré comme un interdit.
Un acteur important dans l’équilibre social
Le forgeron entretient aussi des relations particulières avec plusieurs ethnies à travers la parenté à plaisanterie. Ces relations permettent de renforcer les liens entre les communautés et d’éviter les conflits. Dans la tradition, les mariages entre familles forgeronnes sont fréquents afin de préserver cet héritage. Mais aujourd’hui, avec l’évolution de la société, des mariages avec d’autres familles existent également.
Un héritage vivant à préserver
Aujourd’hui, malgré la modernisation et l’arrivée des technologies industrielles, le forgeron conserve une place respectée dans la société burkinabè. Son rôle dépasse la fabrication d’objets. Il incarne la continuité, la mémoire et l’identité culturelle du peuple.
Dans plusieurs royaumes, les chefs forgerons continuent d’organiser leurs communautés et de transmettre ce savoir aux jeunes générations. Leur engagement vise à préserver ce patrimoine et à maintenir leur contribution à la cohésion sociale.
Le forgeron rappelle que le progrès ne doit jamais effacer les racines. Et cette dynamique doit être maintenue dans les autres clans pour faire rayonner notre Culute !
Burkina Média
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