Derrière les sourires affichés et les apparences de réussite, de nombreux jeunes font face à des difficultés qu’ils peinent à exprimer. Dans cette tribune, Corine Dimkièta Océanne KABORE, étudiante en fin de cycle de Master en management des ressources humaines, appelle à briser le silence autour de la santé mentale des jeunes et à développer une véritable culture de l’écoute et du soutien.
Par Corine Dimkièta Océanne KABOREÉtudiante en fin de cycle de Master en management des ressources humaines
Il existe des blessures que personne ne voit. Pas de sang. Pas de pansement. Pas de cicatrice visible. Et pourtant, elles font des ravages.La santé mentale des jeunes est devenue une urgence silencieuse. Un silence qui sourit en public, mais s’effondre en privé. Un silence qui publie des photos heureuses, mais cache des nuits d’angoisse. Un silence qui répond « ça va », alors qu’à l’intérieur, tout s’écroule.
Nous sommes la génération la plus connectée de l’histoire. Et pourtant, nous ne nous sommes jamais sentis aussi seuls. Nous pouvons parler à quelqu’un qui se trouve à des milliers de kilomètres en quelques secondes. Pourtant, être connecté ne signifie pas nécessairement être entouré. Derrière les écrans, beaucoup de jeunes vivent dans la comparaison permanente, la peur de ne pas être à la hauteur, la pression de réussir et, parfois, le sentiment d’être seuls face à leurs difficultés.
Sur les réseaux sociaux, nous voyons les diplômes, les promotions, les voyages, les couples heureux et les projets qui réussissent. Nous voyons rarement les échecs, les incertitudes, les refus, les nuits sans sommeil ou les moments où l’on doute de soi. À force de comparer notre réalité aux vitrines des autres, nous finissons parfois par considérer nos propres difficultés comme des échecs personnels.
On nous montre la réussite. Rarement les doutes. On applaudit les résultats. Rarement les efforts. Pourtant, les doutes font aussi partie du chemin et les efforts précèdent souvent les résultats.
À cette pression s’ajoutent les réalités auxquelles de nombreux jeunes sont confrontés : difficultés scolaires ou universitaires, chômage ou précarité, incertitude face à l’avenir, problèmes familiaux, ruptures affectives, violences, solitude ou encore difficultés financières. Ces situations ne provoquent pas systématiquement des troubles psychologiques, mais elles peuvent fragiliser considérablement une personne lorsqu’elles s’accumulent et qu’elle ne dispose pas d’un soutien suffisant.
Le silence imposé à ceux qui souffrent
Le plus grave, peut-être, c’est le silence que nous imposons parfois à ceux qui souffrent.
Quand un jeune se casse le bras, on court à l’hôpital. On cherche un médecin, on lui demande où il a mal et on lui propose des soins. Mais lorsqu’il souffre intérieurement, que lui répond-on ? « Sois fort. » « Ce n’est qu’une phase. » « Tu réfléchis trop. » « D’autres vivent pire que toi. »
Ces phrases peuvent sembler anodines. Pourtant, elles peuvent contribuer à faire taire quelqu’un qui avait simplement besoin d’être entendu.
La dépression n’est pas de la faiblesse. L’anxiété n’est pas un caprice. Demander de l’aide n’est pas un signe d’échec.
Apprendre à écouter sans juger
Il est donc temps de changer notre manière de regarder la santé mentale.Cela commence par l’écoute. Écouter réellement, sans chercher immédiatement à donner des conseils. Poser la question « Comment vas-tu ? » et accepter que la réponse puisse être différente de « ça va ». Soutenir sans minimiser. Accompagner sans juger.
Mais l’écoute individuelle ne suffit pas. La santé mentale des jeunes est aussi une responsabilité collective. Les familles, les établissements scolaires et universitaires, les entreprises, les associations, les professionnels de santé, les médias et les pouvoirs publics ont chacun un rôle à jouer.
Il faut davantage sensibiliser les jeunes, mais également ceux qui les entourent. Car reconnaître qu’une personne ne va pas bien, savoir l’écouter et savoir vers qui l’orienter sont des compétences qui peuvent s’apprendre.
Il faut également rendre l’accès à l’aide psychologique plus visible, plus accessible et moins stigmatisant. Beaucoup de jeunes ne savent pas vers qui se tourner, tandis que d’autres craignent d’être jugés ou de ne pas être compris.
Construire des espaces où la parole est possible
Nous devons construire des espaces dans lesquels un jeune peut dire, sans honte : « Je ne vais pas bien. » Des espaces où demander de l’aide n’est pas perçu comme une faiblesse, mais comme une démarche responsable.
Parce qu’un jeune qui va bien mentalement, ce n’est pas seulement un jeune qui sourit. C’est un jeune qui peut apprendre, créer, aimer, travailler, entreprendre, se relever et bâtir son avenir. Prendre soin de la santé mentale des jeunes, ce n’est donc pas leur apprendre à fuir les difficultés. C’est leur donner les ressources nécessaires pour les traverser. Alors, avant de demander à un jeune pourquoi il n’avance pas, demandons-nous peut-être ce qu’il porte.
Avant de juger son silence, essayons de comprendre ce qu’il cache. Et avant de lui dire d’être fort, demandons-lui simplement s’il a besoin d’aide.Je vous demande d’écouter les silences autour de vous. Car certains silences crient ce que les mots n’osent pas dire. Et parfois, une oreille tendue vaut mieux qu’un long discours.
