En visite d’amitié et de travail à Bruxelles, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a rencontré, les 3 et 4 novembre 2026, deux hautes responsables de l’Union européenne : Birgitte Nygaard Markussen, représentante spéciale de l’UE pour le Sahel, et Kaja Kallas, vice-présidente de la Commission européenne et haute représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. Au centre des échanges : les perspectives d’une coopération renouvelée entre l’Union européenne et le Burkina Faso, dans un climat marqué par des tensions diplomatiques antérieures.
À cette occasion, le chef de la diplomatie burkinabè a réaffirmé la disponibilité de son pays à entretenir des relations avec ses partenaires internationaux, à condition que celles-ci reposent sur le respect de sa souveraineté, la réciprocité et la prise en compte de ses priorités nationales.
« Nous voulons un partenariat basé sur la sincérité », a-t-il notamment déclaré.
L’Union européenne évoque une approche renouvelée
Les discussions ont notamment porté sur les relations entre le Burkina Faso et l’Union européenne, après plusieurs désaccords ayant affecté leur coopération. Parmi les sujets évoqués figure la résolution adoptée par le Parlement européen le 18 juin 2026 sur la situation des libertés fondamentales et de l’espace civique au Burkina Faso.
Les autorités burkinabè contestent plusieurs appréciations contenues dans ce texte et dénoncent notamment les déclarations de l’eurodéputé français Christophe Gomart, auxquelles elles reprochent de ne pas refléter la réalité du terrain.

Au cours des échanges à Bruxelles, les responsables européens ont fait état d’une « approche renouvelée » de l’Union européenne à l’égard du Burkina Faso et du Sahel. Ils ont également exprimé leur volonté de renforcer le dialogue politique avec Ouagadougou, en tenant compte des intérêts partagés.
Pour Birgitte Nygaard Markussen, cette rencontre constitue une occasion importante de consolider le dialogue dans une démarche qu’elle souhaite « franche et équilibrée ».
Ouagadougou pose les conditions de son partenariat
De son côté, Karamoko Jean Marie Traoré a salué la tenue de ces échanges directs, tout en rappelant les principes qui doivent, selon lui, guider les relations entre le Burkina Faso et ses partenaires.

Il a notamment insisté sur le respect de la souveraineté nationale, le respect mutuel et l’alignement des interventions extérieures sur les priorités de développement définies par le gouvernement burkinabè.
Le ministre a également tenu à écarter l’idée d’un Burkina Faso engagé dans une politique d’isolement. Il a affirmé que son pays demeure ouvert à la coopération avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux disposés à respecter ses choix stratégiques.
« Ma présence ici est la preuve que nous ne sommes pas fermés. Ce que nous cherchons, c’est juste reconstruire la paix et la dignité pour nos populations », a-t-il déclaré.
Il a toutefois appelé à des discours fondés sur des faits vérifiables et sur une meilleure connaissance des réalités sahéliennes, plutôt que sur des considérations de politique intérieure à certains pays.
La résolution du Parlement européen au cœur des désaccords
La résolution du Parlement européen a constitué l’un des points sensibles des discussions. Adopté le 18 juin 2026, le texte porte sur ce que l’institution européenne présente comme une dégradation de l’espace civique et des libertés fondamentales au Burkina Faso. Il formule notamment des préoccupations relatives aux libertés d’association et de la presse, ainsi qu’à la situation sécuritaire et aux droits humains.
Le chef de la diplomatie burkinabè a vivement critiqué les appréciations formulées dans cette résolution. Il a notamment reproché à l’eurodéputé Christophe Gomart d’avoir, selon lui, présenté des informations erronées sur la situation nationale et regretté que ces déclarations aient influencé d’autres parlementaires.

« Ce ne sont pas les députés européens qui peuvent éclairer sur la situation au Sahel. Ils peuvent le faire lorsque ça concerne les pays européens », a-t-il soutenu, appelant les partenaires européens à mieux prendre en compte les réalités propres aux pays sahéliens.
Le ministre a également plaidé pour une évolution du regard porté sur le Burkina Faso et les autres pays de la région, estimant que les discours consacrés au Sahel ne devraient pas se limiter aux difficultés sécuritaires, mais aussi faire ressortir leurs potentialités.
Sécurité et performances économiques mises en avant
Interrogé sur la situation du Burkina Faso, Karamoko Jean Marie Traoré a évoqué les efforts engagés par les autorités pour améliorer la situation nationale. Il a notamment attribué les évolutions qu’il présente comme positives aux potentialités du pays et au leadership du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.
Le ministre a également fait référence aux performances économiques reconnues, selon lui, par des institutions telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

D’après le compte rendu du ministère, les responsables européens ont indiqué avoir pris connaissance de ces données auprès de ces institutions. Ils ont également salué les efforts de sécurisation du pays, en évoquant la tenue d’événements d’envergure tels que le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) et le Tour du Faso.
Un dialogue appelé à se poursuivre
À l’issue des rencontres, les deux parties ont convenu de maintenir le dialogue politique. Pour le ministre burkinabè, cette démarche devra cependant s’inscrire dans une relation fondée sur la sincérité, l’ouverture et la prise en compte des intérêts de chaque partie.

Au-delà des divergences exprimées autour de la résolution du Parlement européen, les échanges de Bruxelles traduisent ainsi une volonté affichée de préserver un cadre de discussion entre Ouagadougou et les institutions européennes. Reste à voir comment cette volonté de rapprochement se traduira concrètement dans les prochaines étapes de leur coopération.
Source : ministère des affaires étrangères
Burkina Média
