La Confédération des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont entamé, ce samedi 17 octobre 2026, leurs premières négociations formelles à Dakar, au Sénégal. Les discussions portent notamment sur la libre circulation, le commerce, la coopération sécuritaire et la mise en place d’un nouveau cadre de relations entre les deux organisations, dans un contexte marqué par le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO.
Une nouvelle étape s’ouvre dans les relations entre la Confédération des États du Sahel et la CEDEAO. Les représentants des deux organisations se sont retrouvés dans la capitale sénégalaise pour engager des négociations formelles destinées à définir les bases de leurs relations futures et à préserver les liens historiques, humains et économiques entre les populations ouest-africaines.

La rencontre réunit des ministres, notamment ceux chargés des Affaires étrangères, des responsables institutionnels et des experts des deux espaces régionaux. La cérémonie d’ouverture a été coprésidée par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, représentant la Confédération AES, et son homologue sénégalais, au nom de la CEDEAO.
Cette initiative intervient après plusieurs étapes préparatoires, dont les consultations de Bamako en mai 2025 et la réunion du comité ministériel de pilotage de l’AES tenue à Ouagadougou le 16 octobre 2026. Cette dernière rencontre avait permis aux ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger d’harmoniser leurs positions avant les discussions de Dakar.
Un dialogue fondé sur les intérêts des populations
À l’ouverture des travaux, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a insisté sur la nécessité de conduire les négociations dans un esprit de franchise et de sincérité, en plaçant les intérêts des populations au centre des échanges.

« Nous sommes là pour avoir un débat franc, sincère et objectif, en ayant comme curseur principal les intérêts des peuples de la Confédération AES et de l’espace CEDEAO », a-t-il déclaré.
Le chef de la diplomatie burkinabè a également rappelé que les liens entre les populations des deux espaces dépassent les institutions politiques. Selon lui, l’enjeu est de préserver un patrimoine commun façonné par l’histoire, la géographie et les échanges entre les peuples. Pour la Confédération AES, cette démarche s’inscrit dans une volonté de définir de nouvelles relations avec la CEDEAO, tout en préservant la souveraineté de ses États membres et en consolidant son organisation confédérale.
Lors de leur réunion préparatoire à Ouagadougou, les ministres de l’AES avaient retenu trois priorités : la préservation de la souveraineté des États, la consolidation de la Confédération et la protection des intérêts des populations. Ils avaient également exprimé leur volonté de parvenir à un partenariat pragmatique, équilibré et mutuellement bénéfique avec la CEDEAO.
La CEDEAO appelle à un mandat de négociation clair
Du côté de la CEDEAO, les préparatifs ont également porté sur la définition des orientations politiques et des priorités à défendre au cours des discussions.
Le président de la Commission de la CEDEAO, le général Birame Diop, avait souligné, le vendredi 16 octobre à Dakar, la nécessité pour les ministres des Affaires étrangères de donner aux équipes techniques un mandat clair pour défendre les intérêts de l’organisation régionale.

Cette étape doit permettre aux deux parties de préciser leurs positions et de déterminer les domaines dans lesquels une coopération demeure possible, malgré les changements institutionnels intervenus depuis le retrait des trois pays sahéliens. La question centrale consiste ainsi à trouver des arrangements qui tiennent compte des choix politiques de l’AES et des intérêts de la CEDEAO, sans compromettre les relations économiques et sociales entre leurs populations.
Libre circulation, commerce et sécurité au cœur des discussions
Sur le plan pratique, les négociations doivent couvrir plusieurs domaines prioritaires. Il s’agit notamment de la libre circulation des personnes et des biens, des échanges commerciaux, des infrastructures, du développement, de la coopération en matière de paix et de sécurité, ainsi que des questions juridiques et institutionnelles.Ces sujets concernent directement les populations et les opérateurs économiques de la région. Les déplacements transfrontaliers, les activités commerciales, le transport des marchandises et les relations entre les communautés constituent des liens importants entre les pays de l’AES et ceux de la CEDEAO.
Leur préservation représente un enjeu particulier pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, dont les économies dépendent en partie des échanges avec les pays côtiers et de l’accès aux corridors régionaux. La coopération sécuritaire figure également parmi les préoccupations communes. Dans un contexte marqué par les menaces des groupes armés et les défis transfrontaliers, la définition de mécanismes de dialogue et de collaboration pourrait contribuer à faciliter la coordination entre les États concernés.
Les discussions doivent donc permettre d’identifier des arrangements adaptés aux nouvelles réalités institutionnelles, tout en limitant les conséquences des divergences politiques sur les activités quotidiennes des populations.
L’Union africaine et les Nations unies soutiennent le dialogue
La rencontre de Dakar bénéficie également de l’accompagnement de responsables d’organisations régionales et internationales. Le médiateur en chef de la CEDEAO auprès de l’AES, le Dr Lansana Kouyaté, a présenté ce cadre comme un espace de dialogue et de responsabilité. Il a invité les deux parties à faire preuve de rigueur et d’ouverture afin de parvenir à des solutions durables, sans perdre de vue les intérêts des populations ouest-africaines.

L’envoyé spécial de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, Mamadou Tangara, a pour sa part salué la possibilité de rechercher des solutions africaines aux différends du continent. Il a souhaité que ce dialogue puisse se poursuivre dans la durée, malgré les difficultés susceptibles de surgir au cours du processus.
Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Leonardo Simão, a également exprimé la disponibilité de son institution à soutenir cette initiative. Ces interventions soulignent l’importance accordée à la recherche d’un cadre de dialogue entre les deux organisations, alors que leurs relations institutionnelles ont profondément évolué depuis le retrait des pays de l’AES.
Un nouveau cadre de relations à construire
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025, après avoir annoncé leur retrait un an auparavant. Depuis, la question des relations entre les deux espaces demeure centrale, notamment pour la circulation des personnes et des marchandises, les échanges économiques et la coopération régionale.
Les négociations de Dakar ne constituent pas, en elles-mêmes, une démarche de réintégration de l’AES dans la CEDEAO. Elles visent plutôt à définir les modalités de relations futures entre deux organisations qui doivent continuer à coexister dans un espace géographique étroitement lié.

Les travaux ouverts le 17 octobre doivent se poursuivre jusqu’au dimanche 18 octobre 2026. Leur portée dépendra notamment de la capacité des délégations à rapprocher leurs positions, à définir des mécanismes de collaboration et à préserver les acquis de l’intégration régionale.
Au-delà des déclarations d’ouverture, les résultats concrets de ces négociations seront déterminants pour apprécier leur contribution à la stabilité des relations entre l’AES et la CEDEAO. Pour les populations ouest-africaines, l’enjeu est de voir les divergences institutionnelles coexister avec des solutions pratiques qui préservent les déplacements, les échanges commerciaux et la coopération entre les pays de la région.
Burkina Média
