On peut perdre de l’argent. On peut manquer de richesses matérielles, s’appauvrir, tomber, puis se relever plus tard. Mais lorsqu’on perd son identité, c’est toute son essence qui s’effondre. Ceux qui perdent leur identité ne savent plus d’où ils viennent, ne savent plus où ils vont. Ils deviennent vulnérables, manipulables, sans boussole. Et c’est précisément ce qui est arrivé à l’Afrique pendant des siècles : une dépossession lente mais profonde, jusqu’à faire croire à des peuples entiers que leur langue, leur culture, leur vision du monde n’étaient pas assez « modernes » pour exister.
Aujourd’hui, un mouvement inverse s’amorce. Dans le Sahel en particulier, une nouvelle génération de dirigeants porte un discours radical : retrouver notre identité, notre souveraineté, notre dignité. Ce combat, mené au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ne se limite pas à une réforme militaire ou institutionnelle. C’est un combat existentiel, une reconquête du soi collectif.
Pendant trop longtemps, l’Afrique a été sommée de ressembler à ce qu’elle n’est pas. On lui a dicté des modèles politiques copiés ailleurs, des systèmes éducatifs qui ignorent ses réalités, des monnaies qui échappent à son contrôle, et même des références culturelles qui effacent ses propres héros. Comment construire un avenir solide sur des fondations qui ne nous appartiennent pas ?
L’urgence de retrouver ses racines
Retrouver son identité, ce n’est pas se replier sur soi-même. C’est se rappeler que l’Afrique n’est pas née avec la colonisation. C’est se souvenir qu’avant les frontières tracées par d’autres, il y avait des empires, des royaumes, des systèmes de gouvernance, des savoirs scientifiques, des valeurs sociales bâties sur le respect, la solidarité, la responsabilité collective.
L’Alliance des États du Sahel composée Burkina Faso, Mali, Niger pose aujourd’hui un acte historique : celui de dire non à la dépendance politique et idéologique. Cette posture dérange, inquiète, déroutant ceux qui avaient pris l’habitude de décider pour nous et à notre place. Mais elle réveille aussi des millions d’Africains, fiers de voir enfin leurs dirigeants parler la langue du courage.
Un chemin parsemé d’embûches
Ce combat n’est pas gagné. Il sera long, semé de pression, de tentations et de pièges. Le risque n’est pas seulement économique ou militaire. Le plus grand danger serait de renoncer, de douter de nous-mêmes, de laisser d’autres nous définir.
Car une nation peut se relever d’un embargo, mais pas d’une perte de conscience collective. Une génération peut repartir de zéro, mais pas restaurer un peuple qui a cessé de croire en sa propre valeur.
La nécessité pour chaque africain d’adopter des gestes simples
Retrouver notre identité, c’est d’abord un acte individuel : valoriser nos langues, réhabiliter nos savoirs, réécrire notre histoire, consommer ce que nous produisons, défendre nos symboles. C’est aussi un acte politique : bâtir des institutions enracinées dans nos réalités, non dans des modèles importés.
L’Afrique ne gagnera pas le respect du monde en essayant d’être une copie pâle de l’Occident. Elle gagnera le respect du monde en redevenant elle-même sûre de sa voix, forte de sa culture, fidèle à sa trajectoire.
L’argent se retrouve, les richesses se reconstruisent, mais l’identité perdue ne se récupère plus. C’est pourquoi le combat du Sahel est plus qu’un débat géopolitique. C’est un combat pour l’âme de l’Afrique. Et ce combat-là ne doit pas être perdu.
Adama SAWADOGO
